Une tablature indique la corde et la case où poser les doigts, une partition indique la hauteur de chaque note et sa durée. La tablature note un geste de guitariste, la notation musicale note un son que tout instrument peut jouer. Chacune reste muette là où l'autre parle.
Ce qu'il faut retenir
- La tablature est la notation du geste : une ligne par corde, un chiffre par case, propre à un instrument donné.
- La partition est la notation du son : hauteur des notes, rythme et tonalité, lisible par tout musicien.
- Une tablature en texte brut ne dit pas le rythme, une partition ne dit pas le doigté ni la corde à utiliser.
- Le solfège ouvre toute la musique écrite, la tablature ouvre la guitare rock en quelques minutes de lecture.
Deux notations qui ne répondent pas à la même question
Devant un morceau, une tablature et une partition ne délivrent pas la même information. La tablature répond à la question du geste : quelle corde, quelle case, quel doigt. La partition répond à la question du son : quelle note, quelle hauteur, quel rythme. Ce type de distinction paraît technique, il commande pourtant tout l'apprentissage du musicien et le répertoire qu'il pourra jouer. Un musicologue parlerait de notation prescriptive pour la première et de notation descriptive pour la seconde.
La conséquence est immédiate. Une tablature de guitare ne vaut que pour la guitare, et seulement pour une guitare accordée comme le prévoit son auteur. Changez l'accordage, et tous les chiffres deviennent faux. Une partition, elle, décrit une suite de hauteurs et de durées que n'importe quel instrument capable de les produire pourra restituer. C'est la notation utilisée par le violon, la flûte, la voix ou l'accordéon, parce qu'elle ne présuppose rien de la mécanique employée pour sonner.
Cette indépendance vis-à-vis de l'instrument est ce qui a fait de la notation musicale occidentale un langage commun. Un violoniste peut déchiffrer une ligne écrite pour hautbois. Aucun guitariste ne peut utiliser une tablature de basse sans la retraduire entièrement, bien que les deux instruments partagent une partie de leur accordage.
Ce que la tablature dit
Six lignes, six cordes, un chiffre par case
Une tablature de guitare se présente comme un système de six lignes horizontales. Chaque ligne représente une corde, et non une hauteur comme sur une partition. La ligne du haut correspond au mi aigu, la ligne du bas au mi grave, ce qui déroute au premier abord : le schéma reproduit l'instrument vu par le musicien qui le tient, pas l'échelle des sons.
Sur ces lignes, un chiffre donne la case à presser. Un 0 désigne une corde jouée à vide, un 5 sur la deuxième ligne demande de presser la cinquième case de la corde de si. Plusieurs chiffres empilés verticalement se jouent ensemble et forment un accord. C'est tout le système, et sa simplicité est exactement ce qui en fait le succès : la lecture ne demande aucune connaissance préalable, seulement de savoir compter les frettes sur son manche. Notre guide pour lire une tablature de guitare détaille ces conventions symbole par symbole.
Les symboles qui décrivent le geste
Au-delà des chiffres, la tablature dispose d'un jeu de symboles que la notation classique rend difficilement. Un h entre deux chiffres appelle un hammer-on, où le doigt frappe la corde déjà en vibration sans nouvelle attaque de la main droite. Un p demande un pull-off, le mouvement inverse. Une barre oblique marque un slide, un glissement d'une case à l'autre sans relâcher la pression.
Le b signale un bend, cet effet qui consiste à tirer la corde perpendiculairement au manche pour en monter la hauteur, parfois d'un ton entier. Le tilde note un vibrato, l'oscillation entretenue par le poignet. Les lettres PM annoncent un palm mute, la paume posée près du chevalet pour étouffer la résonance, procédé fondateur du son saturé. Un x remplace le chiffre quand la corde doit être frappée morte, et le symbole t, celui du tapping, demande à la main droite de presser elle aussi directement les cases.
Ces indications désignent des gestes que la notation traditionnelle ne sait décrire qu'au prix de longues annotations en italien ou en français. Sur ce terrain, la tablature est nettement plus expressive, et c'est pourquoi les guitaristes de rock, de blues et de métal ne l'ont jamais abandonnée.
Ce que la tablature tait
Le rythme, grand absent des tablatures en texte
Voici l'angle mort qui coûte le plus cher aux débutants. Une tablature diffusée en texte brut, comme il s'en échange depuis les débuts du web sur les forums de musiciens, ne comporte aucune information de durée. Elle indique quelles notes jouer et dans quel ordre, jamais combien de temps chacune doit sonner. Une noire et une double croche y prennent la forme d'un chiffre unique, posé au même endroit.
Le résultat est bien connu de tous ceux qui ont appris seuls : on parvient à reproduire un riff dont on connaît déjà l'air, et on reste incapable de déchiffrer un morceau qu'on n'a jamais entendu. La tablature suppose que l'oreille fournisse ce que l'écriture ne dit pas. C'est un présupposé rarement énoncé, et il explique une bonne part des blocages rencontrés en autodidacte.
Les formats de fichier modernes ont comblé ce manque. Un fichier Guitar Pro ou MusicXML porte les valeurs rythmiques aussi bien qu'une partition, et affiche à l'écran la portée et la tablature synchronisées, l'une au-dessus de l'autre. La limite ne tient donc pas à la tablature en tant que principe, mais à sa forme texte, qui reste la plus répandue en ligne.
Ni tonalité, ni harmonie, ni structure
Une tablature ne dit pas non plus dans quelle tonalité le morceau est écrit. Elle donne des emplacements, pas des fonctions. Le musicien voit qu'il pose ses doigts sur telle case, il ne voit pas qu'il joue une sous-dominante ni que la pièce module au relatif mineur. Cette information, qu'une armure de deux dièses délivre d'un coup d'œil, reste invisible.
Elle ne dit rien de l'architecture du morceau non plus. Le découpage couplet refrain, les reprises, les barres de mesure, les nuances : tout cela relève de la partition et disparaît d'une tablature en texte. Enfin, une tablature ne se transpose pas. Pour jouer ce morceau un ton plus bas, il faut recalculer chaque chiffre, là où un capodastre ou une lecture transposée règle la question sur une partition. Nous détaillons ces mécanismes dans notre article sur la transposition d'une partition au capodastre.
Ce que la partition dit, et ce qu'elle laisse au musicien
Sur une portée de cinq lignes, la position verticale d'une note donne sa hauteur, sa forme graphique donne sa durée. Ronde, blanche, noire, croche, double croche : le système code un rapport de durées par un dessin, et ce codage tient depuis des siècles. La clé fixe la référence, l'armure annonce la tonalité, le chiffrage de mesure organise le temps. Tout est là, sans qu'aucune oreille préalable soit requise.
Cette complétude a un prix, et c'est une compétence : il faut apprendre à décoder ce système, ce que l'on appelle le solfège. Nos bases du solfège expliquent la logique de cette écriture, qui est moins ardue qu'elle n'en a la réputation dès lors qu'on en saisit le principe.
Mais la partition a son propre silence, et il est exactement symétrique de celui de la tablature : elle ne dit pas où jouer. Prenons un exemple : sur une guitare, le mi aigu peut être produit à six endroits distincts du manche, de la corde de mi à vide jusqu'à la vingt-quatrième case de la corde grave. Ces six emplacements donnent des timbres différents, imposent des doigtés différents et ne permettent pas les mêmes enchaînements. La partition les considère comme équivalents, puisqu'ils produisent la même hauteur.
La notation classique pour guitare a donc développé un appareil d'annotations pour combler ce vide : chiffres de 1 à 4 pour les doigts de la main gauche, lettres p, i, m, a pour les doigts de la main droite, chiffres cerclés pour désigner la corde, chiffres romains pour la position du barré. Ce dispositif fonctionne, mais il exige du lecteur qu'il maîtrise à la fois le solfège et un second code propre à l'instrument. Beaucoup de guitaristes classiques travaillent d'ailleurs avec les deux notations sous les yeux.
Tablature ou partition : le comparatif
| Critère | Tablature | Partition |
|---|---|---|
| Ce qui est noté | Corde et case, donc le geste | Hauteur et durée, donc le son |
| Rythme | Absent en texte, présent en fichier | Toujours présent |
| Position sur le manche | Donnée sans ambiguïté | Laissée au musicien |
| Effets de jeu | Symboles dédiés, bend, slide, vibrato | Annotations textuelles |
| Transposition | Recalcul intégral | Immédiate par changement d'armure |
| Autres instruments | Illisible hors de l'instrument visé | Langage commun à tous |
| Apprentissage | Quelques minutes | Plusieurs mois de pratique |
La grille d'accords, troisième voie entre les deux
Opposer les deux systèmes laisse de côté un troisième support, pourtant le plus utilisé par les musiciens de scène : la grille d'accords. Elle ne relève ni d'une famille ni de l'autre, puisqu'elle ne note ni le geste ni la mélodie, mais la succession harmonique. Une case par mesure, un symbole par accord, et rien d'autre.
Les accords s'y écrivent en notation anglo-saxonne, où les sept lettres remplacent les noms latins : A vaut la, B vaut si, C vaut do, D vaut ré, E vaut mi, F vaut fa et G vaut sol. Un Am7 désigne un la mineur septième, un G7 un sol de dominante. Cette convention, née dans le jazz et adoptée par toutes les musiques populaires, tient en une demi-page ce qu'une transcription complète étalerait sur cinq.
Le jazz en a fait un standard éditorial avec ce qu'on appelle une lead sheet : la mélodie sur une portée, les symboles d'accords au-dessus, et absolument aucune indication sur la façon de les réaliser. Deux pianistes partant de cette page produiront des accompagnements très éloignés, et c'est exactement le but recherché. Le support fixe la structure harmonique et confie tout le reste à l'interprète, ce qu'aucune transcription détaillée ne permettrait.
Son cousin visuel est le diagramme d'accord, cette petite grille verticale imprimée au-dessus des paroles dans les recueils de chansons. Six traits verticaux figurent les cordes, quelques traits horizontaux les premières frettes, des points l'emplacement des doigts. C'est, techniquement, une tablature réduite à un seul emplacement et privée de tout déroulement dans le temps. Un débutant y trouve un raccourci immédiat vers l'accompagnement, avant d'aborder la lecture linéaire.
Ce troisième support éclaire l'ensemble du paysage. Chaque notation retient ce dont son usage a besoin et abandonne le reste : la grille garde l'harmonie, le diagramme garde le doigté, la transcription garde le déroulement complet. Aucune n'est incomplète par accident, toutes le sont par construction.
Pourquoi les instruments à cordes ont inventé leur propre écriture
La tablature n'est pas une invention récente née d'internet, et c'est probablement l'idée fausse la plus répandue à son sujet. Elle est au contraire plus ancienne que bien des conventions de la notation moderne. Les plus anciens documents connus notant de la musique de clavier par un système de ce genre remontent au quatorzième siècle, avec le manuscrit dit de Robertsbridge, daté aux environs de 1360.
La tablature de luth connaît ensuite un développement considérable à la Renaissance. Dès 1507, l'imprimeur vénitien Ottaviano Petrucci publie des recueils entièrement notés de cette manière, et l'usage se répand dans toute l'Europe pendant deux siècles. Plusieurs traditions coexistent alors selon les pays : la tablature italienne emploie des chiffres avec la chanterelle placée en bas du système, la tablature française emploie des lettres avec la chanterelle en haut, et la tablature allemande se passe de portée en attribuant un signe distinct à chaque combinaison de corde et de frette.
Cette floraison s'explique par la nature des instruments à manche. Sur un clavier, chaque touche produit une hauteur et une seule, si bien que la notation par hauteur suffit. Sur un luth ou une guitare, la relation entre la note et le geste est ambiguë dans les deux sens, et une écriture qui désigne directement le point de contact règle un problème réel. Ce raisonnement vaut ailleurs : l'accordéon diatonique dispose lui aussi de sa propre tablature, où le numéro de touche s'accompagne du sens du soufflet, poussé ou tiré, parce qu'une touche unique y donne deux notes différentes selon le mouvement.
Le procédé traverse donc les époques et les familles instrumentales, chaque fois pour une raison identique : quand la mécanique de l'instrument s'interpose entre l'intention musicale et le son obtenu, une notation graphique du geste devient utile. On la retrouve aujourd'hui sur la basse, le ukulélé, la mandoline ou le banjo, dont les tablatures de basse reprennent ce principe sur quatre lignes.
La partition de piano et celle de guitare ne se lisent pas de la même façon
Une partition de piano occupe deux portées reliées par une accolade, l'une en clé de sol pour la main droite, l'autre en clé de fa pour la main gauche. La séparation est physique autant que musicale, et le déchiffrage suit la répartition des mains. Nos pages sur les partitions de piano pour débutants montrent comment aborder cette double lecture.
Une partition de guitare tient sur une seule portée, en clé de sol, et cache une convention qui surprend souvent. La guitare est un instrument transpositeur : sa musique s'écrit une octave au-dessus du son réellement produit, pour éviter un excès de lignes supplémentaires sous la portée. Un guitariste qui lit un mi écrit dans le premier interligne produit en réalité le mi de l'octave inférieure. Rien ne le signale, sinon parfois un petit 8 sous la clé.
La complexité se déplace ainsi d'un instrument à l'autre. Le pianiste affronte deux portées et jusqu'à dix voix simultanées, mais chaque note a une adresse unique sur le clavier. Le guitariste ne gère qu'une portée, mais doit décider seul de la position, du doigté et de la corde, arbitrages qui conditionnent la faisabilité du passage. Un accord parfaitement écrit peut se révéler injouable dans la position choisie, ce qu'aucune partition n'indiquera.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre tablature et partition ?
La tablature note la corde et la case où poser les doigts, donc le geste à effectuer sur un instrument précis. La partition note la hauteur et la durée des notes, donc le son à produire, indépendamment de l'instrument utilisé.
Peut-on apprendre la guitare uniquement avec des tablatures ?
Oui pour reproduire des morceaux que l'on connaît déjà à l'oreille, ce que font la majorité des guitaristes autodidactes. Non pour déchiffrer une musique inconnue, puisqu'une tablature en texte ne note pas le rythme.
Une tablature indique-t-elle le rythme ?
Une tablature diffusée en texte brut ne l'indique pas. Un fichier Guitar Pro ou MusicXML le fait, car il porte les durées exactement comme une partition et affiche souvent les deux notations superposées.
La tablature est-elle réservée à la guitare ?
Non. Elle existe pour la basse, le ukulélé, la mandoline, le banjo et l'accordéon diatonique. Historiquement elle a d'abord servi au luth et aux instruments à clavier, dès le quatorzième siècle.
Faut-il connaître le solfège pour utiliser une tablature ?
Aucune connaissance du solfège n'est nécessaire pour aborder une tablature, et c'est sa raison d'être. En revanche le solfège reste indispensable pour comprendre l'harmonie, la tonalité et la structure d'un morceau.
Les tablatures publiées en ligne sont-elles légales ?
Une tablature relevée à l'oreille reste une adaptation d'une œuvre protégée. Des sites de tablatures ont été fermés au milieu des années deux mille à la demande des éditeurs de musique, et seules les œuvres du domaine public échappent à cette contrainte.
Laquelle utiliser selon ce que vous voulez jouer
Le vrai partage ne se fait pas entre une bonne et une mauvaise notation, mais entre des usages. Pour accompagner une chanson au coin du feu, apprendre un riff entendu la veille ou monter un répertoire avec un groupe, la tablature accompagnée d'une grille d'accords suffit largement et offre l'accès le plus rapide au morceau. Beaucoup de musiciens professionnels de scène travaillent ainsi, avec des diagrammes d'accords et quelques repères de structure.
Pour aborder le répertoire classique, jouer en ensemble avec des instruments à vent ou à archet, comprendre ce que l'on joue ou composer, la partition devient incontournable. Elle est le seul support qui permette à un violoniste, un flûtiste et un guitariste de travailler la même page. Nos accords de guitare de base constituent d'ailleurs une bonne passerelle entre les deux mondes, puisqu'un diagramme d'accord relève de la logique de la tablature tandis que le nom de l'accord relève de celle de l'harmonie.
L'attitude la plus confortable consiste à ne pas trancher. Un guitariste qui déchiffre correctement une tablature et qui possède les rudiments de la lecture sur portée dispose de deux entrées sur la même musique : l'une lui donne le geste immédiatement, l'autre lui donne le sens. Les recueils commerciaux pour guitare l'ont compris depuis longtemps en imprimant systématiquement les deux systèmes l'un au-dessus de l'autre, et les logiciels de notation actuels font exactement la même chose à l'écran. Ce n'est pas un compromis, c'est la reconnaissance que les deux écritures se complètent au lieu de se concurrencer.













